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Comment limiter l'Accès à la Psychotherapie en trois Actes: Acte 3


Acte 3 : l'injustice

Il y a évidemment plusieurs façons de ne pas offrir un service. Il suffit de ne pas en assumer les frais. On peut aussi minimiser la nécessité ou le bien-fondé de ce service, ou tourner le dos à ceux qui pourraient en profiter. On peut enfin limiter l’accès en dévalorisant les professionnels qui offrent ce service. Parfois, cette dévalorisation semble délibérée, comme c’est le cas pour les psychologues.  Parfois aussi, cette dévalorisation, cette injustice, s’installe par la force des choses, tout simplement parce qu’une façon de faire, une loi ou un règlement ne semble pas avoir suivi l’évolution de notre pensée. Cessante causa legis, cessat lex?

Aujourd’hui, je m’attarde encore aux psychothérapeutes, c’est-à-dire ceux qui offrent des services de psychothérapie sans être psychologue ou médecin. En 2014-15 seulement, plus de 300 permis d’exercice de la psychothérapie ont été émis à ces professionnels. Il s’agit donc d’une main d’œuvre qualifiée, dont le nombre ira sûrement en augmentant, qui occupe déjà des postes dans le réseau public et qui offre aussi des services au privé. Parfois dans des conditions injustes.

J’ai déjà abordé la difficulté que certains psychothérapeutes peuvent avoir à obtenir leur permis. Mais leur parcours du combattant ne s’arrête pas là. Ils doivent aussi faire avec des façons de faire qui sont en apparence injustes. Le premier exemple est en lien avec le remboursement de la psychothérapie par les compagnies d’assurance. Celles-ci remboursent habituellement un service non pas selon la nature de ce service, mais plutôt en fonction de celui qui l’a offert. Ainsi, une séance de psychothérapie offerte par un psychologue ou une infirmière peut être remboursée, mais cette même activité, offerte exactement de la même façon, ne sera pas remboursée si elle est offerte par un conseiller d’orientation. Cela peut paraitre injuste, mais il s’agit ici du domaine privé, les compagnies d’assurances pouvant décider de leurs façons de faire, surtout qu’il ne semble pas y avoir manque de ressources au privé au Québec et qu’une modification des procédures coûterait aux compagnies d’assurance un somme non-négligeable. N’empêche que quand on voit quels autres « professionnels » sont souvent couverts dans les contrats d’assurance, on peut se poser des questions…

Second exemple, tout à fait déplorable cette fois: la TPS et la TVQ. Le projet de loi 21 prône « l’accessibilité compétente » et permet l’exercice de la psychothérapie aux psychologues et médecins, mais aussi aux conseillers d’orientation, ergothérapeutes, infirmiers, psychoéducateurs, travailleurs sociaux, thérapeutes conjugaux, sexologues et criminologues qui détiennent un permis pour ce faire. Mais saviez-vous que pour certains de ces professionnels, la psychothérapie est un service taxable? Ainsi, un travailleur social par exemple, peut offrir de la psychothérapie sans facturer les taxes au client; cependant, d’autres professionnels, par exemple le psychoéducateur, devra facturer TPS et TVQ pour exactement le même acte.

Dit autrement, ces professionnels doivent encaisser une perte d’environ 15% s’ils veulent rester compétitifs.  « L’accessibilité compétente », plus taxes. De quoi en décourager plus d’un d’offrir des services de psychothérapie.

 

Dr. Martin Drapeau, psychologue
Université McGill