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Comment limiter l'Accès à la Psychotherapie en trois Actes: Acte 1


Acte 1 : la dévalorisation

« Faire ensemble et autrement ». Voilà le sous-titre du plus récent plan d’action en santé mentale. De quoi se réjouir. Mais encore faut-il des gens, y compris des professionnels qui acceptent de travailler dans le réseau public, pour faire un « ensemble ».

Or le réseau public de la santé n’arrive pas à attirer et à retenir un groupe de professionnels qui a une expertise particulière, entre autres, en psychothérapie : les psychologues. Ainsi, il y a pénurie, non en raison de la non-disponibilité des professionnels, mais bien en raison des conditions de travail. Pénurie, donc, mais artificielle. Et pour cause : le réseau -le gouvernement- ne semble pas aimer ses psychologues.

Devenir psy implique de compléter un total de 7 à environ 10 ans de formation universitaire. L’étudiant complètera, en plus des cours, 700 heures de stages cliniques, bénévolement, suivi d’un internat de 1600 heures. Lui aussi ne sera pas rémunéré, faisant des internes québécois les seuls à ne pas être payés en Amérique du Nord (le résident en médecine reçoit entre $45-$70000/année). Une fois sur le marché du travail, on pourrait croire que tout s’arrange. Or, les psychologues sont depuis longtemps malmenés dans le dossier de la reconnaissance salariale, et vers la fin de sa carrière, le psychologue gagnera au maximum $80000 et des poussières (le médecin de famille gagne en moyenne $265000, et le médecin spécialiste, $384000, de plus en plus empochant plus d’un million par année). Difficile de se sentir valorisé dans ce contexte, d’où peut-être le ton de certaines revendications (voir Me niaises-tu?).

Évidemment, le Québec manque d’argent. Chaque année, la Régie distribue près de $4 milliards pour les actes médicaux,pas toujours de façon optimale selon certains. Au cours des dernières années,hausses de rémunération ont été de 34 % pour les médecins de famille et de 42 % pour les spécialistes. Étonnamment, plus d’argent ne semble pas vouloir dire plus de services, la facture des soins médicaux ayant apparemment progressé cinq fois plus que le volume de services ces dernières années. Cette année, on apprenait que près d’un demi-milliard avait été versé en trop aux médecins, une somme qui ne sera jamais réclamée. Ce montant, à lui seul, aurait permis selon certains estimés de donner accès à la psychothérapie à tous les Québécois dans le besoin.

Difficile de dire si cette dévalorisation est dirigée seulement à l’endroit des psychologues, ou si elle n’est pas aussi dirigée vers ceux que les psychologues aident. Ce n’est qu’un enjeu de santé mentale après tout, donc pas vraiment un enjeu de santé. Une « petite déprime », ça finit par passer. D’ici-là, de toute façon, les gens en état de dépression n’ont habituellement pas la tête à revendiquer quoique ce soit.

Dr. Martin Drapeau, psychologue
Université McGill