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Lignes directrices de l’OPQ sur la dyslexie


Les lignes directrices de l’Ordre des psychologues pour l’évaluation de la dyslexie

En janvier 2014, l’Ordre des psychologues a diffusé des lignes directrices pour l’évaluation de la dyslexie. Tel que rédigé et présenté, ce document laisse croire que je l’endosse, tout comme d’ailleurs toutes les personnes ayant fait partie des comités. Or, je n’endosse pas ce document et tiens à m’en dissocier pour les raisons suivantes :

  • La méthodologie qui a été employée pour développer ces lignes directrices m’apparait comme étant sous-optimale et non conforme aux pratiques recommandées en matière de développement d’un tel document. Il est désolant qu’un ordre, compte tenu non seulement du poids moral qu’il a auprès de ses membres mais aussi parce que cet ordre a l’autorité pour juger de la qualité de la pratique de ses membres,  produise des lignes directrices en utilisant une méthodologie considérée comme étant de faible qualité, alors qu’il existe plusieurs méthodologies de disponible qui soient généralement reconnues comme étant acceptables.  Il est par ailleurs problématique que l’Ordre prétende définir les « meilleures pratiques » sans apparemment s‘imposer à lui-même le devoir d’utiliser des pratiques recommandées pour le développement de ses lignes directrices. Il peut tout autant sembler paradoxal d’exiger des psychologues qu’ils se tiennent au courant de l’évolution des pratiques et de l’évolution de la science, qu’ils gardent et mettent à jour leurs compétences, et qu’ils aient une réflexion critique sur leurs pratiques, alors que l’Ordre semble s’imposer des exigences moindres en la matière. Compte tenu notamment de l’évolution du savoir et des pratiques dans le transfert des connaissances et le développement de guides cliniques, il est difficile de comprendre pourquoi ces lignes directrices n’ont pas été développées en utilisant une méthodologie reconnue.
  • Les critiques et commentaires les plus importants quant au document ne sont pas disponibles, privant ainsi les psychologues et le public d’un accès à des échanges qui leurs auraient été utiles pour déterminer dans quelle mesure ils devraient faire confiance aux lignes directrices, c’est-à-dire pour en comprendre les forces et les faiblesses. L’une des caractéristiques essentielles de tout document de cette nature est la transparence. Malheureusement, ici, les psychologues risquent d’être pris en otage, confrontés à un organisme qui se veut juge et partie en ce qu’il définit les meilleures pratiques, selon des méthodes selon moi douteuses dans le cas présent, et peut les imposer aux psychologues comme façon de faire via notamment le processus d’agrément des programmes universitaires, l’inspection professionnelle, ou les poursuites du syndic.
  • Au moins 4 des 5 membres du comité consultatif, et au moins 4 des 6 membres du comité de validation n’ont pas vu la dernière version du texte, pourtant différente des versions précédentes, avant son approbation par le C.A. et sa diffusion. De ces participants, près de la moitié rapporte des insatisfactions face au document, insatisfactions qui ne sont pas documentées dans le texte. Deux des participants ont par ailleurs demandé à ce que leur nom soit retiré du document, ce qui leur a été refusé.

Au-delà de la méthodologie employée, le développement de ces lignes directrices présente d’autres lacunes qui méritent d’être soulignées, dont notamment ce qui semble avoir été un cafouillage important quant à la gestion du projet, lequel a entre autre mené à un dépassement budgétaire non négligeable, ce peu de temps avant qu’une hausse de cotisation ne soit demandée aux membres.

Mes inquiétudes quant à la situation ont été rapportées, plus d’une fois et sur plusieurs mois à la présidence de l’Ordre, puis au C.A. de l’Ordre. J’avais par ailleurs proposé quelques pistes de réflexion pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise.

Ma position s’appuie sur des considérations méthodologiques et morales, non sur la possible utilité (ou inutilité) que peuvent avoir ces lignes directrices pour les membres.

Martin Drapeau
Professeur associé, Université McGill